Tout cela s'était passé à leur insu. Alors, le silence, elles le connaissaient. Elles le pratiquaient sans le savoir. Or, dans cette nouvelle vie, dans le camp, le silence était requis pour offrir une place au mouvement. Pas pour le tuer. Voici en quoi résidait la grande difficulté. Elles avaient éteint les mots et avec les mots elles avaient éteint les émotions. Sans même s'en rendre compte. Elles ne vivaient pas, elles accomplissaient des jours. Depuis que les mots avaient été vidés de leur sens, les corps avaient été vidés de leur essence. Là où le verbe avait été à l'origine de tout, peu à peu s'était installé le verbe qui vidait tout jusqu'au point d'être vidé lui-même. Le verbe se déployait partout, vidé de sa substance. Dès lors qu'on avait parlé, on croyait que l'on avait fait quelque chose. On avait envoyé au cerveau l'information que c'était fait et il le croyait.