À la lisière d'une nouvelle ère climatique, celle d'un dérèglement auquel nous ne pourrons pas échapper, voici l'histoire de l'une d'elles, relatée selon les rapports scientifiques de paléoclimatique que j'ai étudiés pour m'approcher au mieux de la vérité. La fiction que je vous propose n'en est qu'une. Cela dit, des découvertes récentes tendent à prouver qu'elle pourrait s'approcher un peu de la vérité en ce qui concerne l'arrivée de l'Homme en Amérique. Des traces remontent en effet à plus de vingt-trois mille ans et non pas à onze mille. La nature, comme le démontre les relevés de paléoclimatique, ne peut être gouvernée par l'Homme. Ce qu'il se passe à présent s'est déroulé à plusieurs reprises durant des milliers d'années et bien plus. L'homme a été contraint de s'adapter à la nature et il ne parviendra jamais à la contraindre à quoi que ce soit. Soyons respectueux face à celle que nous ne pouvons pas faire plier, Mère Nature.
Avant-propos
Le théâtre des catastrophes
Arctique, 124.428 avant notre ère,
Cette année-là, perdu dans l'immensité du temps, à la suite d'un sommeil latent de quarante-trois millénaires, le réveil de l'hémisphère nord s'amorça dans la souffrance. D'intenses séismes, plus puissants que tous ceux ayant été mesurés par l'Homme, avait élimé l'Inlandsis du Groenland sur une large frange de son assise. Ayant basculé sur son axe à la suite de ces tremblements de terre que nous ne souhaiterions jamais subir, la planète avait essuyé une variation orbitale de plus de deux degrés.
Ce basculement modifia des paramètres du monde, figés durant l'ère qui venait de prendre fin. La poussière volcanique, la chaleur dégagée par des milliers de lacs de lave, les raz-de-marée et autres pluies acides avaient défiguré la planète en un temps géologiquement infime, moins d'une vie humaine. Cette jonction de facteurs entraîna un chaos colossal qui eut pour conséquence d'imposer à la Nature l'obligation de redistribuer ses cartes.
En quelques mois, la conjonction des attractions solaire et lunaire altéra les courants marins tout en réajustant leurs coefficients. Une variation des flux du noyau terrestre fit progresser le pôle Nord magnétique d'un coup vers le sud-est du Spitzberg. Le déséquilibre défigura la Sibérie occidentale et la baie d'Obskaja Guba dut subir la pire pression qu'elle n'ait jamais enregistrée.
Ainsi malmenée par les tortures de la géophysique, la planète eut à souffrir d'un calvaire indescriptible, un de ceux qui surgissent sans préavis et qui n'épargnent rien. Les terres tempérées du nord de l'Europe s'étaient mues en déserts et la calotte polaire avait, en l'espace de quelques mois, posé ses nouvelles bases, longitudinalement, du centre de la Sibérie à l'Europe entière, des terres orientales du Groenland jusqu'au Nord-Ouest de la Chine. Dans sa majeure partie, le Groenland perdit sa calotte. Il n'en subsista que des vestiges dans sa partie orientale.
Dès les premiers jours de la catastrophe, la faune du Pléistocène indo-européenne dut entamer un exode massif. Chassée par les glaces nouvelles se propageant inéluctablement vers elle, elle fut assujettie à une migration forcée pour fuir le désordre. Une partie s'était perdue dans les montagnes de l'Oural, incapable de se dégager à temps des éléments déchaînés par la route Nord. L'autre, ayant suivi une route plus au sud, s'était dirigée plein Est.
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