Vous avez déjà cru quelque chose de faux. Pas par sottise : par habitude.
Une affirmation répétée trois fois paraît plus vraie. Un démenti, même limpide, ne déloge plus la croyance qu'il visait. Sur ces deux failles de l'esprit, mesurées en laboratoire, repose tout l'art de fabriquer une vérité : celui des publicitaires des années vingt, du KGB et de sa rumeur faisant du sida une arme américaine, des grands journaux ralliés aux armes introuvables de l'Irak, des dossiers de renseignement écrits pour convaincre plutôt que pour savoir.
La thèse de ce livre est plus dérangeante que celle du complot, et bien mieux documentée : fabriquer une vérité ne demande presque jamais de mentir. Il suffit de répéter, de retirer le doute, d'effacer l'origine, et de laisser le temps faire le reste. Passé un certain seuil, la vérité fabriquée cesse d'être fausse. Elle agit comme un fait : elle oriente des votes, des peurs, des guerres. On ne la combat plus comme un mensonge, mais comme un terrain.
Un essai d'une rigueur sans complaisance, où chaque affirmation est sourcée et chaque nuance assumée, qui se referme sur une fiction : une journée ordinaire dans une agence où l'on fabrique, sur mesure, des convictions.