Nous ouvrons les yeux, et le monde semble s'imposer. Formes, couleurs, mouvements : une évidence offerte à notre conscience. La réalité serait là, intacte, et notre cerveau se contenterait de la recevoir.
C'est la plus ancienne certitude. Et peut-être la plus tenace illusion.
Entre le monde et nous, il n'y a pas de fenêtre. Il y a une membrane. Une membrane neurale qui ne laisse pas passer le réel : elle le transforme. Elle découpe le continu, sélectionne, stabilise, et restitue un monde fait d'objets, de relations, de causes. Nous ne recevons pas le monde. Nous recevons ce que cette transformation rend possible.
Dans Ce que nous appelons le réel, Ronald Cicurel propose un déplacement décisif : non pas changer de théorie, mais étendre l'espace explicatif au cerveau qui traduit. Le cerveau n'est pas seulement l'objet qu'on observe : il est la charnière qui rend toute observation possible. Le reconnaître change tout.
De la physique quantique aux mathématiques, de l'intelligence artificielle à l'économie de l'attention, de la logique d'Aristote au paradoxe de Russell, ce livre montre qu'un même mécanisme est à l'œuvre partout : la membrane fragmente, le FGDS force une cohérence, et le monde apparaît. Habitable, transmissible, et structuralement incomplet.
Ni réalisme naïf ni relativisme, Brain-Centric propose une troisième voie : le réel n'est ni découvert ni inventé. Il est co-produit dans la rencontre entre un continu qui résiste et une membrane qui traduit.
Un essai exigeant, poétique et accessible, pour tous ceux qui se demandent comment nous connaissons ce que nous croyons connaître.