Quelques années après Pattaya beach , Franck Poupart débarque à Bangkok comme expatrié. Conscient de vivre les années les plus intenses de sa vie, il tient un journal dont il fera ce roman où il raconte sa plongée dans une inquiétante Babylone aux nuits corruptrices. Entre Bangkok, Pattaya et Phuket, il nous entraîne dans un univers nocturne où rôdent des anges vénaux aux yeux étirés :
Dehors, un air lourd et poisseux pesait sur la ville au fur et à mesure que les rues s'assombrissaient. Tout Bangkok était dans l'attente du moment où les nuages venus de mer de Chine crèveraient enfin dans un déluge tropical.
Quand l'orage a fini par éclater, il s'est mis à pleuvoir des cordes. Avec l'obscurité, les néons se sont allumés un peu partout. À travers les vitres rayées de pluie, on apercevait les tours vertigineuses se découper sur l'horizon blafard comme de gigantesques miradors.
J'ai ouvert la baie vitrée pour profiter de la fraîcheur de cave qui montait de la ville. Tendu sur l'horizon, un grand suaire mouillé enveloppait la gigantesque métropole. Au pied des tours, l'orage fouettait les larges feuilles des grands palmiers de la résidence de l'ambassadeur américain qui se courbaient en cascades. La pluie ronflait en une grenaille qui cinglait violemment les toitures, mitraillait la tôle, engorgeait les gouttières.
Adossée au montant du lit, le visage pensif, Noo observait le déluge, les méchantes rafales de pluie, la bourrasque. C'était comme si le voile de pluie avait également assombri son âme.
Après avoir arrangé d'un geste gracieux ses cheveux dépeignés par l'amour, Noo m'a rejoint en petite tenue.
La veille, un peu ivre, elle m'avait avoué aimer se faire prendre par plusieurs hommes en même temps. Le plus surprenant avec cette fille, c'est que cela était dit avec une candeur où je ne trouvais pas la moindre trace de vice. Noo aimait le sexe, comme elle aimait la vie. La femme parfaite à la fois putain et romantique qui considérait le sexe comme le plus grand de tous les présents que la nature nous avait offerts et dont nous serions bien stupides de nous priver.